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Jack l’Éventreur : l’énigme de Whitechapel en 1888

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Londres · 1888 · Affaire non résolue

Jack l'Éventreurle tueur sans visage de Whitechapel

Cinq femmes assassinées en dix semaines, une ville terrifiée, une presse déchaînée et un meurtrier jamais identifié. L'histoire complète de l'affaire, ses victimes, les lettres, les mobiles supposés, et le regard spirituel de Misaella.

✝Mary Ann·Annie·Elizabeth·Catherine·Mary Jane
Carte interactiveWhitechapel, automne 1888

L’essentiel

Entre le 31 août et le 9 novembre 1888, dans le quartier miséreux de Whitechapel, à l’est de Londres, cinq femmes sont assassinées avec une violence inouïe : Mary Ann Nichols, Annie Chapman, Elizabeth Stride, Catherine Eddowes et Mary Jane Kelly. Le meurtrier, surnommé Jack l’Éventreur d’après une lettre envoyée à une agence de presse, n’a jamais été identifié. L’affaire a fait naître la presse à sensation moderne, des centaines de théories et plus d’une centaine de suspects. Plus de cent trente-cinq ans après, son nom reste célèbre, alors que celui de ses victimes a longtemps été oublié.

vieux livre ouvert sur une ruelle de Whitechapel dans le brouillard, éclairée par un réverbère à gaz, affaire Jack l'Éventreur 1888
Whitechapel, automne 1888 : le brouillard, les becs de gaz, et une ville qui a peur.

Londres, 1888. La capitale du plus grand empire du monde brille de ses théâtres, de ses gares et de ses palais. Mais à quelques rues de la City, Whitechapel étouffe dans la misère : des ruelles sans lumière, des garnis où l’on loue un lit pour quatre pence la nuit, des femmes qui survivent comme elles peuvent. C’est là, dans le brouillard d’un automne, qu’un inconnu va écrire en lettres de sang l’une des pages les plus sombres de l’histoire criminelle.

Qui étaient les victimes ? Comment s’est déroulée l’enquête, pourquoi la presse s’est-elle déchaînée, que contenaient les fameuses lettres, et quels mobiles les journaux britanniques ont-ils prêtés au tueur ? Ouvrons ce vieux livre, page après page, avant de conclure sur ce que cette affaire dit de l’âme humaine.

ILe décor

Whitechapel en 1888, l’envers de l’Empire

Le quartier de Whitechapel compte alors des dizaines de milliers d’habitants entassés dans des logements insalubres. Les immigrés juifs d’Europe de l’Est, les dockers irlandais, les ouvriers sans travail et les familles ruinées s’y côtoient. Selon une estimation de la police métropolitaine de 1888, environ 1 200 femmes y vivent en partie de la prostitution, souvent occasionnelle, pour payer le lit de la nuit. L’alcool, la faim et la violence font partie du quotidien.

4 pencele prix d’un lit pour la nuit dans un garni de Flower and Dean Street, l’une des rues les plus misérables de Londres.
1 200femmes vivant au moins en partie de la prostitution dans le quartier, selon la police.
62maisons closes recensées à Whitechapel par les autorités la même année.
Quelquesbecs de gaz seulement pour éclairer un dédale de ruelles, de cours et de passages.

Pour les Londoniens aisés, Whitechapel est un autre monde, presque une terre étrangère. Les meurtres vont brutalement braquer les projecteurs sur cette misère que la bonne société préférait ignorer.

IILes victimes

Les cinq victimes canoniques

La police londonienne a ouvert un dossier sur onze meurtres commis à Whitechapel entre 1888 et 1891. Mais la plupart des historiens attribuent avec certitude cinq d’entre eux au même meurtrier : on les appelle les « cinq canoniques ». Longtemps réduites à leur fin tragique, ces femmes avaient chacune une histoire. L’historienne Hallie Rubenhold a montré en 2019 que plusieurs d’entre elles n’étaient d’ailleurs pas des prostituées, contrairement à la légende.

31 août 1888

Mary Ann Nichols43 ans · « Polly »Mère de cinq enfants, séparée de son mari, elle avait connu les maisons de travail et tenté de reprendre une place de domestique. On la retrouve à Buck’s Row, vers 3 h 40, découverte par un charretier se rendant au travail.

8 septembre 1888

Annie Chapman47 ansFille d’un soldat, épouse d’un cocher, elle avait mené une vie respectable avant que l’alcool et la mort de sa fille ne brisent sa famille. Son corps est découvert à l’aube dans l’arrière-cour du 29 Hanbury Street.

30 septembre 1888

Elizabeth Stride44 ans · née en SuèdeArrivée de Suède à Londres, elle racontait volontiers des histoires romanesques sur son passé. On la retrouve vers 1 h du matin dans Dutfield’s Yard, la gorge tranchée, le meurtrier ayant peut-être été dérangé.

30 septembre 1888

Catherine Eddowes46 ans · « Kate »Moins d’une heure plus tard, elle est tuée à Mitre Square, dans la City de Londres. Elle revenait de la cueillette du houblon dans le Kent avec son compagnon. C’est la nuit du « double meurtre ».

9 novembre 1888

Mary Jane KellyEnviron 25 ansLa plus jeune, la seule tuée à l’intérieur, dans sa chambre du 13 Miller’s Court. Son passé reste flou : elle disait venir d’Irlande et du pays de Galles. Elle est découverte en fin de matinée par l’homme venu réclamer son loyer.

Se souvenir des noms : pendant plus d’un siècle, livres et films ont célébré le mystère du tueur en oubliant ces cinq femmes. Elles étaient filles, épouses, mères, amies. Les nommer, raconter leur vie et non seulement leur mort, c’est leur rendre une part de la dignité que la misère puis la célébrité de leur assassin leur ont volée.

IIIL’automne de la terreur

L’enquête : une police dépassée

Deux forces de police se partagent l’affaire : la police métropolitaine, avec Scotland Yard et l’inspecteur Frederick Abberline, et la police de la City de Londres, compétente pour le meurtre de Mitre Square. La science criminelle en est à ses balbutiements : pas d’empreintes digitales, pas de groupes sanguins, pas de photographie systématique des scènes de crime.

Septembre 1888Un cordonnier juif surnommé « Leather Apron », Tablier de cuir, est désigné par la rumeur et la presse. Arrêté, il est rapidement mis hors de cause grâce à un alibi solide.
30 septembre 1888Après le meurtre de Catherine Eddowes, on retrouve dans Goulston Street un morceau de son tablier et, au-dessus, une inscription à la craie évoquant les Juifs. Le chef de la police, Sir Charles Warren, la fait effacer avant qu’elle soit photographiée, pour éviter des émeutes antisémites.
Octobre 1888Des comités de vigilance de citoyens patrouillent dans les rues. La police interroge des milliers de personnes, fouille les garnis, teste même des chiens de chasse pour suivre une piste.
Novembre 1888Après le meurtre de Mary Jane Kelly, Sir Charles Warren démissionne, critiqué de toutes parts. Les crimes canoniques s’arrêtent, sans que personne ne sache pourquoi.
IVLa presse

La presse à sensation et les lettres de « Jack »

L’affaire coïncide avec l’essor d’une presse populaire bon marché, imprimée en grand nombre et vendue à la criée. Les journaux rivalisent de détails macabres, de gravures et de manchettes, et les ventes explosent. Le Star, le Pall Mall Gazette, le Times ou l’Illustrated Police News tiennent leurs lecteurs en haleine. Le magazine satirique Punch caricature la police en joueur de colin-maillard, les yeux bandés.

Reçue le 27 septembre 1888

La lettre « Dear Boss »Adressée à la Central News Agency, rédigée à l’encre rouge sur un ton moqueur, elle est signée pour la première fois « Jack the Ripper ». Le surnom fait aussitôt le tour du monde.

Reçue le 1er octobre 1888

La carte « Saucy Jacky »Une carte postale évoque le « double événement » de la nuit précédente, alors que la presse en a peut-être déjà parlé. Son authenticité reste discutée.

Reçue le 16 octobre 1888

La lettre « From Hell »Envoyée à George Lusk, président du comité de vigilance de Whitechapel, elle commence par « De l’enfer » et accompagne une moitié de rein humain. Beaucoup de spécialistes la jugent plus crédible que les autres.

La police reçoit des centaines de lettres. La plupart sont des canulars, et plusieurs policiers de l’époque ont soupçonné un journaliste d’avoir inventé la lettre « Dear Boss » pour faire vendre. Mais le nom de Jack l’Éventreur, lui, s’est gravé à jamais dans la mémoire collective.

VLes mobiles

Les mobiles supposés par la presse britannique

Faute de coupable, les journaux de 1888 multiplient les hypothèses. Elles disent autant sur les peurs et les préjugés de l’époque que sur le meurtrier.

Un fou furieuxLa thèse la plus répandue : un « monstre » ou un « maniaque » échappé d’un asile, mû par une folie meurtrière inexplicable.
Un étrangerUne partie de la presse, nourrie de xénophobie et d’antisémitisme, désigne les immigrés juifs du quartier, persuadée qu’« aucun Anglais » ne pourrait commettre de tels actes.
Un médecinLes mutilations et le prélèvement d’organes font croire à une connaissance de l’anatomie : chirurgien, étudiant en médecine ou boucher habile.
Un gentlemanL’image de l’homme bien mis en haut-de-forme, venu des beaux quartiers, naît alors : le monstre caché sous les manières d’un homme du monde.
Un justicier moralCertains journaux imaginent un fanatique décidé à « purifier » les rues du vice, en s’en prenant aux femmes qu’il juge déchues.
Un double visageLa pièce Docteur Jekyll et Mister Hyde, jouée à Londres en août 1888, frappe les esprits : l’acteur principal est même soupçonné par certains lecteurs.
VILes suspects

Plus de cent suspects, aucun coupable

Depuis 1888, plus d’une centaine de noms ont été avancés. En 1894, un haut responsable de Scotland Yard, Melville Macnaghten, en cite trois dans un mémorandum resté célèbre. D’autres théories, plus récentes, ont fait couler beaucoup d’encre.

Montague John DruittAvocat et professeur, retrouvé noyé dans la Tamise fin 1888, peu après le dernier meurtre. Cité par Macnaghten, sans preuve directe.
Aaron KosminskiCoiffeur juif polonais de Whitechapel, interné pour troubles mentaux en 1891. Une analyse ADN sur un châle, publiée en 2019, l’a désigné, mais elle est très contestée.
Michael OstrogEscroc et voleur aux multiples identités, également cité par Macnaghten. On sait aujourd’hui qu’il était probablement emprisonné en France à l’époque.
George ChapmanBarbier polonais devenu empoisonneur de ses compagnes, pendu en 1903. L’inspecteur Abberline le soupçonnait.
Francis TumbletyCharlatan américain se disant médecin, arrêté à Londres en novembre 1888, puis enfui aux États-Unis.
Les théories romanesquesLe peintre Walter Sickert, un complot royal impliquant le petit-fils de la reine Victoria, le journal intime d’un négociant de Liverpool : ces pistes séduisent les romanciers, mais sont rejetées par la plupart des historiens.
VIILe côté spirituel

L’Éventreur, les médiums et les ombres de Whitechapel

L’Angleterre victorienne vit alors l’âge d’or du spiritisme : séances de tables tournantes, médiums célèbres, sociétés de recherche psychique. Il n’est pas étonnant que l’au-delà se soit invité dans l’affaire. La légende la plus connue concerne Robert James Lees, un médium qui aurait eu des visions du meurtrier et proposé son aide à la police. Aucun document officiel ne confirme cette collaboration, mais l’histoire s’est répandue après sa mort.

Les visions de Robert LeesLe médium aurait vu en rêve des meurtres avant qu’ils ne soient commis, puis reconnu le tueur dans un omnibus. Une légende tenace, sans preuve.
Mitre SquareDes passants racontent avoir aperçu une silhouette féminine allongée près de l’endroit où Catherine Eddowes a été retrouvée.
Le pub des Ten BellsCe pub où certaines victimes avaient leurs habitudes est réputé hanté : bruits inexpliqués, sensations de présence, objets déplacés.
Les marches nocturnesChaque soir, des visites guidées parcourent les rues du drame. Beaucoup de participants évoquent une atmosphère pesante, que certains attribuent aux âmes restées sans repos.

Dans de nombreuses traditions, les âmes mortes dans la violence et l’injustice, dont l’assassin n’a jamais été nommé, sont dites errantes, attachées aux lieux de leur souffrance. Les sensitifs qui ont arpenté Whitechapel parlent souvent d’une mémoire des murs, d’une tristesse plus que d’une terreur. Notre article sur la psychométrie et les objets des victimes explique comment certains médiums disent percevoir ces traces, et ce que les enquêtes en ont retenu. L’affaire de Lizzie Borden, quatre ans plus tard aux États-Unis, offre un autre exemple de lieu réputé hanté par un mystère jamais résolu.

Un regard respectueux : ces récits relèvent de la croyance et du témoignage, et aucun n’a été établi scientifiquement. Aucun médium n’a jamais permis d’identifier le meurtrier. Derrière la légende, il y a cinq femmes réelles, mortes dans la peur et la misère : elles méritent qu’on parle d’elles avec gravité, sans voyeurisme ni fascination pour leur bourreau.

VIIILe mot de Misaella

Ma conclusion sur l’affaire Jack l’Éventreur

On me demande souvent si l’on pourrait, par la voyance ou la médiumnité, enfin connaître le nom de Jack l’Éventreur. Je réponds toujours la même chose : ce n’est pas lui que j’ai envie d’appeler. Depuis plus d’un siècle, on lui a offert ce qu’il cherchait peut-être : la célébrité, des livres, des films, des visites guidées à son nom. Pendant ce temps, Mary Ann, Annie, Elizabeth, Catherine et Mary Jane sont restées des silhouettes dans le brouillard.

Quand je pense à Whitechapel, je ne ressens pas d’abord la peur. Je ressens une immense solitude : celle de femmes que la société avait déjà abandonnées bien avant qu’un homme ne les tue. Le vrai mystère de cette affaire, pour moi, n’est pas l’identité de l’assassin. C’est la facilité avec laquelle un monde entier a détourné les yeux de leur détresse.

Si ces âmes errent encore quelque part, ce n’est pas pour nous effrayer. C’est pour qu’on les regarde enfin. Allumer une bougie pour elles, prononcer leurs noms, refuser de transformer leur mort en divertissement : voilà, à mon sens, la seule manière juste de refermer ce vieux livre. La lumière ne sert pas à éclairer le visage du monstre. Elle sert à rendre leur visage à celles qu’il a voulu effacer.

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Questions fréquentes

Qui étaient les victimes de Jack l’Éventreur ?
Les cinq victimes canoniques sont Mary Ann Nichols, tuée le 31 août 1888, Annie Chapman le 8 septembre, Elizabeth Stride et Catherine Eddowes dans la nuit du 30 septembre, et Mary Jane Kelly le 9 novembre 1888, toutes dans le quartier de Whitechapel ou à proximité, à Londres.
A-t-on identifié Jack l’Éventreur ?
Non. Malgré plus d’une centaine de suspects avancés depuis 1888, dont Montague Druitt, Aaron Kosminski ou George Chapman, l’identité du meurtrier n’a jamais été établie avec certitude. Les analyses ADN récentes restent très contestées.
D’où vient le nom de Jack l’Éventreur ?
Le surnom « Jack the Ripper » apparaît dans la lettre dite « Dear Boss », reçue le 27 septembre 1888 par la Central News Agency. Son authenticité est douteuse, et certains policiers de l’époque soupçonnaient un journaliste de l’avoir écrite, mais le nom s’est imposé dans le monde entier.
Quels mobiles la presse prêtait-elle à Jack l’Éventreur ?
Les journaux de 1888 évoquaient un fou échappé d’un asile, un étranger, souvent par xénophobie ou antisémitisme, un médecin doté de connaissances anatomiques, un gentleman des beaux quartiers ou un fanatique voulant « purifier » les rues du vice. Aucune de ces hypothèses n’a été confirmée.
Un médium a-t-il aidé à l’enquête ?
Selon une légende, le médium Robert James Lees aurait eu des visions du meurtrier et proposé son aide à la police. Aucun document officiel ne confirme cette collaboration, et aucun médium n’a jamais permis d’identifier l’assassin.
Sources et références :
Jack l’Éventreur, Wikipédia
Whitechapel murders, Wikipedia (en anglais)
The Five, Hallie Rubenhold (2019)

Cet article retrace une affaire criminelle historique à partir des sources disponibles, dans le respect des victimes. Les hypothèses et suspects évoqués n’ont pas valeur de preuve. Les phénomènes paranormaux mentionnés relèvent du témoignage et de la croyance. Services de voyance réservés aux personnes majeures (18+).